Loan Coppet Loan Coppet

À celle qui.

"frappe et bénit, reçoit et donne, alimente, prête serment, bat la mesure, lit chez l’aveugle, parle pour le muet, se tend vers l’ami, se dresse contre l’adversaire, et qui se fait marteau, tenaille, alphabet…" Paul Valéry, Discours aux chirurgiens, 17 octobre 1938.

De ma main, je te salue,

De ce geste si banal, tu me vois, tu m’admires,

De ce geste si banal, je me présente.

De ma main, je parle,

pour dire bonjour et au revoir,

quand tout va bien ou tout va mal.

De ma main, j'exprime,

une contrariété,

une envie,

un désir.

Tango, Tetigi, Tactum.

De ma main, je touche,

Je froisse, je déchire, je gratte, je griffe, je chiffone,

je plie, je déplie, je découpe, je colle,

je tisse, je couds, je façonne,

je dessine, je peins, je sculpte,

j'effleure, je caresse, je serre, j'attrape,

je prends.

De ma main, je saisis,

le monde, l'autre, l'étranger,

le perdu, le retrouvé,

le petit, le grand,

l'interdit.

De ma main, j’écris,

à l'encre noire,

j'imbibe les pages blanches,

d'images, de souvenirs, de choses, de gens,

de mots, de phrases, de virgules, de points,

je trace, je conjugue, j'accorde,

l’incommunicable, le non-dit, le silence,

le haut et fort, le par-coeur, l'entendu,

je gomme, j'efface, j'enlève,

les ratures, les fautes, les secrets, les murmures.

de main en mot, de maux en main.

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Les cinq sens / Les mots qui nous touchent

Le toucher.




La matière, le réel, l'action, le vivant.




Système nerveux en ébullition,

à chaque mouvement,

caresse,

effleurement.




La paume,

Les cinq doigts,

Le bout du doigt,

Les ongles.




La peau,

Miroir émotionnel,

Réaction épidermique,

tantôt chaude, tantôt froide.


Le sang,

Les larmes,

La sueur.




Collante,

Moite,

Humide,

Douce,

Sèche,

Rêche.




Toucher,

Caresser,

Attraper,

Porter,

Tenir,

Serrer,

Embrasser,

Mordre,

Lécher,

Pincer,

Griffer,

Effleurer.




Sensibilité.

Sensorialité.

Electricité.




Plusieurs lectures,

Dans une littérature spécifique,

la mienne.

Passage simultané de chaleur et d'électricité à travers deux corps qui se mélangent. Si on prend deux corps pleins de chaleur et d'électricité qui sortent de la peau par les pores, et que ces deux corps s'étreignent, vibrent et commencent à se mêler, il se produit une réaction de conduction et de circulation qui fait que chaque pore absorbe l'énergie qu'il a exhalée précédemment mais sous une autre forme. La rapidité de ce phénomène, la transformation de la chaleur et de l'électricité en énergie produisent une irradation intense des corps qui pratiquent la circulation. C'est ce que les amantes veulent dire quand elles disent, je te circule, tu me circules.





Je modelais son épaule, je voulais pour elle des caresses campagnardes, je désirais sous ma main une épaule houleuse, une écorce.




Je voudrais vous manger.


 Je veux cette main.

Son geste inachevé me charmait.


Elle foulait mon coeur, mon ventre, mon front avant d’entrer.


Je la repris où je l’avais laissée. Nos bouches l’une sur l’autre s’ouvrirent dans un rêve commode. Je la renversai sans me dépendre, je tins sa tête dans mes mains comme l’habitude, comme j’aurais tenu le poids d’une tête décapitée. J’entrai. Je trouvai un relent de pâte dentifrice, un souvenir de fraicheur. Nos membres mûrissaient, nos charognes se décomposaient. Exquise pourriture. J’entrouvrais les yeux : Isabelle m’observait. J’avais déclaré la guerre dans sa bouche, j’avais été vaincue.

J’aimais Isabelle sans gestes, sans élans.


Ma bouche rencontra sa bouche comme la feuille morte la terre. Nous nous sommes baignées dans ce long baiser, nous avons récité nos litanies sans paroles, nous avons été gourmandes, nous avons barbouillé notre visage avec la salive que nous échangions, nous nous sommes regardées sans nous reconnaitre.





Les notions sont vite oubliées. Face à face d’abord. Tout à fait debout sans rien toucher.







Mes seins sa bouche sa main ses doigts, à peine. 



Se précipiter sur ce corps lesbien,

qui est à la fois le mien

et celui de l’autre,

nuancer ce regard sur le tout et s’obliger à fragmenter. 




Mes mains son cul ses mains mes seins.


C’est ce qui reste du geste. 

Brouillon pour un dictionnaire des amantes, Monique Wittig & Sande Zeig, 1976

Thérèse et Isabelle, Violette Leduc, 1966

Petite Nature, Stéphanie Garzanti, 2023



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Journée de visibilité lesbienne

L’E(S)XISTENCE

Langoureuse entrée en

Effervescence,

Submergé(e) par une déferlante de

Beauté,

Immersion

En terres inconnues

Neptune, planète irrespirable à l’homme

Nacre

Essence lumineuse délivre-moi.

être lesbienne.

infiniment lesbienne.

une existence en éternelle fabrication.

sans fin, sans limites, sans date de péremption.

habitée par une quantité infinie de pulsions, de désirs et d'envies.

de moments fugaces et d'instants volés, de regards furtifs et caresses cachées.

c'est voir, se voir à travers l'autre, au-dedans de l'autre, s'y perdre, s'y noyer.

regarder, sentir, toucher, embrasser : l'interdit, l'inaccessible, l'empoisonné. c'est l'apogée.

je suis ce que j'écris. j'écris l'infiniment grand et l'infiniment petit.

j'embarque pour ce voyage sans fin, cet aller sans retour, je nage dans un océan de possibilités, je plonge dans les abysses de mon être.

mes mau(o)x(ts) se déposent sur les vagues qui épousent ton corps.

nos existences s'enlacent, s'entremêlent, s'entrecroisent, tu dévores tout en moi, me consommes, m'animes, m'enivres.

c'est l'exaltation.

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